Se déplacer dans l’avenir

Se déplacer, quoi de plus simple ?  On saute dans sa voiture, et voilà.  C’est en tous cas le scénario de loin le plus courant pour les trajets dépassant quelques centaines de mètres.  Pour aller plus loin on prend l’avion.  Et nous sommes de plus en plus nombreux sur terre à aller plus loin plus souvent.

Bon.  Mais comme on sait des menaces se font de plus en plus pressantes sur les combustibles fossiles, principales sources d’énergie notamment pour les voitures et les avions.

On en a pris conscience, et on commence à y réagir, c’est-à-dire, sur terre (dans les airs on n’en est encore nulle part), à se lancer tête baissée dans l’électrification du parc automobile.  Ne surtout pas remettre en question la sacro-sainte voiture.

Oui mais.

En ce faisant, on ne se préoccupe pas trop des problèmes qui « ne » touchent « que » des gens éloignés du pouvoir de décision, à savoir les nombreuses victimes de l’extraction des métaux rares destinés aux batteries.  Tant pis pour eux.

On s’intéresse plus à ce qui nous touche directement : l’autonomie des voitures et le rechargement des batteries.  Là des progrès rapides sont en cours.

Pour le rechargement, par des bornes « rapides » (genre 15 à 30 minutes pour 100 km), quoique souvent au détriment des batteries.  Quoiqu’on ne voie vraiment pas (encore ?) comment éviter les files interminables aux stations sur l’Autoroute du Soleil les jours de grandes migrations estivales.  Et pour la recharge à domicile, les habitants d’immeubles à appartements attendent toujours des solutions.

Pour l’autonomie, par des packs de batteries de plus en plus imposants … et par là des voitures de plus en plus lourdes, qui consomment d’autant plus (quoique, astucieusement, les normes de mesure, standardisées, n’en rendent pas vraiment compte).

Afin de flatter l’acheteur, pas toujours convaincu par rapport à la bonne vieille voiture à essence (les diesels ont été mises au ban par les responsables politiques, au nom d’une pollution mal évaluée), on propose des électriques d’une puissance exorbitante (plus de 100 kW pour une voiture moyenne).  C’est d’autant plus facile que le rendement volumétrique d’un moteur électrique est plus favorable que celui d’un moteur thermique.  Et cela permet des vitesses parfaitement interdites (genre 200 km/h).  Heureusement sur le terrain les utilisateurs se rendent vite compte que la consommation est directement liée à la vitesse … et l’autonomie inversement !  On voit donc la plupart des Tesla respecter le 120.  Tant mieux.

Mais revenons au fond.  L’électrification, prévue, de tout le parc automobile générera une consommation totale sans commune mesure avec les caractéristiques de nos centrales et notre réseau de distribution.  Un défi encore à relever, pour lequel les partisans du nucléaire se frottent les mains, mais qui n’est pas gagné d’avance : la consommation totale d’essence et de diesel en Belgique correspond à la puissance de plusieurs centrales.

Alors, oui, réfléchissons un peu quand même.

Sans remettre en cause l’électrification du parc automobile (et il faudra aussi un jour s’occuper du transport des marchandises), interrogeons nous aussi sur son rôle dans le mix des modes permettant les déplacements et transports.

En particulier pour les longues distances : pour se rendre à la Méditerranée, plutôt que subir des files répétées sur les routes et surtout aux stations-service, pourquoi pas prendre le train (moins de 6 h de Bruxelles à Marseille) et, au besoin pour les trajets locaux, louer une voiture sur place (électrique bien sûr) ?  Pour les marchandises il faudra se résoudre à remplacer des trains de camions sur autoroute par des trains tout court : le bon sens.  Notons que les chemins de fer devront se préparer à une telle évolution, en particulier en rétablissant le maillage du réseau, mis à mal ces dernières décennies.

Pour les trajets routiniers sur autoroute, pourquoi pas consommer 20 % de moins (au profit de l’autonomie donc) en roulant à 100 km/h plutôt que 120 ?  On n’y « perd » au maximum que quelques minutes, négligeables par rapport au gain de temps en évitant une recharge.

Et pour les plus petits trajets, en ville par exemple, sait-on que, même électrique, un vélo consomme vingt fois moins qu’une voiture ?

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