Des autobus sans conducteur ?

Des voitures sans conducteur ?  C’est pour demain, ou, disons, après-demain.

D’où sans doute l’inspiration pour faire rouler des autobus sans conducteur.  Une expérience est actuellement en cours à Louvain, où un minibus autonome, sans conducteur (mais bien avec disons un accompagnateur) accueille en principe des vrais usagers sur une ligne régulière.  En principe dirons-nous parce que ce n’est qu’à la quatrième tentative de l’auteur de ces lignes qu’il l’a vu fonctionner, mais bon…

Incise : la démo à Louvain – ligne expérimentale 16 – paraît nettement plus concluante que les tentatives précédentes (Woluwe, Han-sur-Lesse, …) en ce qui concerne les déplacements du véhicule.  Ici peu de freinages et autres mouvements brusques.  Une attitude prudente dans la circulation, à un petit 30 km/h, sans dépasser les vélos (nombreux), et en s’écartant des voitures en stationnement au point d’empiéter sur la bande de circulation du sens contraire (!), mais se rabattant bien à droite en vue d’un bus en face.  Il marque tous les arrêts, l’accompagnatrice forçant la fermeture des portes pour gagner un peu de temps ; il faut dire qu’en ce qui concerne la vitesse commerciale, notre robot-bus (comme ils l’appellent) s’est laissé dépasser par un régulier.  La vitesse commerciale prévue à l’horaire est de 10 km/h, contre 13 pour le régulier.

Le véhicule comporte, outre un imposant poste de conduite dont l’utilité pose question, 8 places toutes assises ; le port de la ceinture est obligatoire, règle de sécurité qui dépasse de loin celles en vigueur dans les bus ordinaires, mais dont il résulte une capacité très faible (à peine plus qu’une grosse voiture).  Ceci sans doute a incité les organisateurs à exiger une réservation en ligne, pas vraiment idéal pour un transport public de proximité ; à un arrêt, un candidat-voyageur laissé pour compte a continué à pied, à côte de notre bus, avec un petit sourire ironique.

Avant de juger, reconnaissons qu’il s’agit d’une expérimentation, dont certaines faiblesses sont susceptibles d’être corrigées.

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Où en sommes-nous ?

On remarquera d’abord que le métro sans conducteur roule depuis plus de quarante ans, à la satisfaction de tous (ou presque : il reste des problèmes de sécurité, quoique d’origine humaine, pas technique).  Mais là le problème est plus simple : il ne faut contrôler qu’une seule dimension de circulation : avant (ou arrière si besoin) : l’« axe x » ; en outre cela se passe en milieu fermé, excluant toute perturbation d’origine extérieure.

Sur la route – voitures, bus, … -, il y a deux dimensions à contrôler (avant-arrière et gauche-droite, « x et y »), c’est déjà un peu plus complexe ; mais surtout il faut réagir à toutes les perturbations extérieures, à l’aide de capteurs multiples devant réagir à des signaux multiples (signaux routiers, autre véhicules ou obstacles sur l’itinéraire).  C’est dans ce contexte qu’on travaille actuellement, avec un certain succès.

Remarquons au passage qu’en trois dimensions (dont la verticale, « l’axe z ») la technique est parfaitement maîtrisée : on a nommé les drones.  Comprenne qui pourra ce progrès technologique à dimensions (sic) variables.

Accessoirement on peut se demander pourquoi les trains (une dimension seulement, les bifurcations étant traitées automatiquement, sans intervention du conducteur) sont à la traîne.  En effet, ils s’apparentent au métro, à ceci près que quelques perturbations d’origine extérieure peuvent subsister, notamment aux passages à niveau, mais un automatisme peut réagir tout comme un conducteur.  Les travaux sont en cours mais il faut bien admettre qu’ils semblent bien lents par rapport aux autres modes de transport.

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Mais surtout : tout ça pour quoi ?

L’idée de base est d « économiser » le conducteur.  Pour le train on pourra ironiser en constatant que, en Belgique au moins, un train roule avec deux, trois, parfois jusque cinq membres de personnel à bord : le poids du conducteur est donc limité.  Pour le métro on doit recruter des agents supplémentaires pour surveiller le comportement des usagers (cfr Lille).  L’avion, même sans pilote, on l’imagine mal sans hôtesses (les drones – s’ils sont vraiment automatiques – scorent mieux, mais ils ne transportent que des marchandises (au mieux) ou des bombes (le plus souvent).

Ceci étant, même si dans les applications existantes cela ne fonctionne absolument pas, l’enjeu affiché est bien d’économiser du personnel.  Son coût en proportion du total est d’autant plus important que le véhicule et le nombre de passagers est petit.  Donc économie pratiquement inutile pour le métro ou le train, capacitaires, mais plus utile pour des minibus.  On vante d’ailleurs souvent les expériences en cours pour le « last mile », le transport de peu de personnes entre un arrêt de transport collectif et l’origine ou la destination finale du déplacement.  Si le réseau de transport est bien conçu, c’est-à-dire avec des arrêts à distance raisonnable de toute origine et destination (on admet souvent 4 à 500 m), le bénéfice ne concerne qu’un nombre limité de cas et de personnes à mobilité vraiment réduite.  D’où d’ailleurs une expérience il y a quelque temps à l’entrée d’un hôpital de la Région bruxelloise.

Quant à remplacer des bus sur une ligne régulière, comme à Louvain, on peut s’interroger sur la pertinence d’avoir recours à un système sophistiqué de véhicules lents – pour une raison de sécurité – ne pouvant transporter que huit personnes (le 9ème candidat est invité à attendre une demi-heure le bus suivant, quitte à disputer une place avec les autres personnes arrivées entretemps).  Et aussi de développer une technologie coûteuse pour économiser du personnel, que guette de ce fait le chômage.

Disons que l’expérimentation pourrait servir de démonstrateur d’un système dont pourtant la pertinence n’est pour le moins pas avérée, vu qu’elle n’a en fait jamais été étudiée.  Dans notre pays, malheureusement, l’apport de « solutions », parfois démesurément coûteuses, sans s’être préoccupé du problème à résoudre est monnaie courante : cfr par exemple le métro bruxellois…

Et pour l’anecdote (anecdote, vraiment ?), on relèvera que les véhicules d’un métro automatique de Londres ont été recyclés en Allemagne … avec les services d’un conducteur…

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