Un métro fou dans le brouillard

Les transports en commun de la région bruxelloise continuent à rouler, à leur rythme, et à transporter un bon tiers des personnes en ville.  La voiture reste reine dans la capitale.   Il faut dire qu’elle est deux fois plus rapide que la stib, dont les usagers se déplacent à 9 km/h de porte à porte.

Pas vraiment génal.

Et plus personne  ne parle d’avenir…

Personne ?

Presque.

Discrètement, sans le moindre débat public sur la mobilité, pour laquelle il y aurait pourtant bien à dire, un dossier franchit les étapes vers la décision : le métro Nord.

Le projet est en effet porté sur la table du Gouvernement, étayé par une « étude de faisabilité », dont seul un résumé a fait l’objet de publicité (mais dont une présentation sur diapositives a percolé).

« Étude » mérite des guillemets, tant le document est truffé d’inexactitudes destinées à « démontrer » la pertinence de construire une ligne de métro et de supprimer des trams.  Une analyse fouillée de l’ARAU www.arau.org/fr/urban/detail/256/metro-nord-tram-55-supprime met ceci en évidence.  Il faut dire que l’auteur s’appelle « Société momentanée Bureau Métro Nord » (ça ne s’invente pas), et est très intéressé à la construction du métro.

Et pourtant, malgré les trucages, l’étude ne peut pas cacher que les  usagers des transports bruxellois verront encore leurs temps de trajet augmenter.   Ceci simplement parce que l’utilisation par le métro du tunnel Nord – Midi, irrigant le centre ville, impose d’achever le détricotage du réseau tram, multipliant encore le nombre de correspondances : cette fois-ci pour les habitants de Neder-Over-Hembeek, Forest en Uccle qui ont jusqu’ici été épargnés grâce au maintien des lignes 3 et 4.

En clair, il s’agit de dépenser un gros milliard d’euros pour détériorer l’offre de la stib.  Mille euros par personne donc, pour l’investissement seulement.

Les promoteurs de ce petit tronçon de métro soutiennent que cela ne coûtera pas si cher aux Bruxellois, parce que l’Etat payera, via l’accord de coopération Beliris.  On pourra toujours dire que faire payer sa gabegie par les autres n’est pas vraiment élégant.  Passons.  Mais surtout ce raisonnement occulte soigneusement le fait que Beliris n’est pas une enveloppe extensible.  Tout ce qui sera consacré au métro ne le sera pas à d’intéressants projets comme on en connaît actuellement, contribuant notamment à la rénovation de quartiers qui en ont bien besoin.  Et il faudra des années pour que l’enveloppe rattrape des couleurs.

Espérons que les politiques se ressaisiront avant qu’il ne soit trop tard.  Et se souviendront qu’il est bien possible d’améliorer drastiquement la mobilité de tous les Bruxellois pour beaucoup moins cher : par exemple avec la CityVision http://www.sweetmobility.net/wp-content/uploads/2010/12/CityvisionFR2.pdf.

 

Ce contenu a été publié dans Politique de mobilité, Transports publics, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *